Lettre ouverte au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis signer maintenant

Paris, le 4 juin 2010

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur,


Nous, compositeurs, musiciens et ensembles dédiés à la musique contemporaine, avons appris il y a quelques jours la nomination des pensionnaires de l'Académie de France à Rome pour l’année 2010/11 parmi lesquels, en ce qui concerne la discipline musique, figurent deux artistes-interprètes issus des musiques dites « actuelles ».

Ne voyez aucun mépris de notre part pour les musiques différentes de celles que nous écrivons et défendons. Cependant ces musiques, plus populaires, touchent un public déjà nombreux et jouissent d’une médiatisation plus large que la nôtre. Elles sont déjà très soutenues par de nombreuses structures et par l'État lui-même qui ne cesse de les mettre en avant. Pour cette raison, les accueillir dans une institution qui était originellement destinée à la création musicale contemporaine ne fait que conforter cette situation déséquilibrée déjà présente dans la société alors que l’État devrait, à notre sens, travailler à son rééquilibrage.

Nous voyons en cette décision un désengagement de la part de l’État à l'égard de la musique contemporaine qui prolonge une tradition musicale s’inscrivant dans l’histoire de l’art et qui se fonde depuis des siècles sur l'exigence de l'écriture, le questionnement de l'écoute, prolongeant ainsi les nombreuses expérimentations et innovations apportées par nos prédécesseurs et développant par ailleurs les technologies les plus avancées.

La Villa Médicis est en France une institution qui, plus que nulle autre, offre une occasion unique aux jeunes compositeurs de se consacrer, de manière entière et absolue, à l'écriture musicale. Elle propose un véritable atelier de travail à des artistes qui ne sont ni des interprètes, ni des intermittents. Réduire le nombre des compositeurs de musique contemporaine porteurs de projets ambitieux et audacieux et les remplacer par des musiciens qui ont déjà un pied dans l'industrie musicale et sont dans la capacité de vivre de la scène, c’est refuser de tenir compte de la rigueur de leur travail et les traiter avec mépris. Les pièces d’orchestre, les opéras demandent un long temps de gestation et les œuvres qu’ils écrivent en ce moment seront peut-être les classiques des siècles futurs. Si les structures qui les accueillaient jusqu’alors réduisent le nombre de possibilités qui s’offrent à eux, comment pourraient-ils développer des formes et des langages musicaux nouveaux, par définition non conformes aux standards commerciaux ?

Notre réaction est un mélange de colère et d’inquiétude. Car il nous semble évident que ce que d’aucuns nommeront une « ouverture » n’est que l’expression d’un désintérêt pour l’art non directement rentable au profit d’une production artistique qui, séduisante par essence, a la faculté de mettre tout le monde d’accord sans aucun effort. Nous ne voyons dans cette soi-disant ouverture que démagogie et calcul politique.

Oui, nous sommes en colère de constater que ce recrutement s’est fait de manière unilatérale, sous l'effet d'une pression politique et non d’une décision artistique, provoquant aussitôt la démission des rapporteurs en musique. Nous sommes en colère de constater que l’État, qui est pourtant en partie producteur et diffuseur de notre musique, n’a pas conscience du rôle éminemment actif de la musique contemporaine française de par le monde, ni de l’influence de celle-ci au plan international depuis de nombreuses années, ni encore du fait que l’aide qu’il nous a jusqu’à présent apportée faisait l’admiration de la plupart des autres pays, le monde anglo-saxon en tout premier lieu.

Enfin, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, nous sommes inquiets de voir la situation de l’art et de la culture se dégrader en France, le problème que nous rencontrons à la Villa n'étant qu'un révélateur d’une démission plus générale de l'État qui se traduit également par le gel des subventions annoncées, l’impuissance grandissante des Drac à soutenir les artistes, la précarité croissante des ensembles musicaux, la diminution des aides à la création et des commandes pour les compositeurs, la disparition ou reconversion de certains festivals autrefois dédiés à la musique contemporaine, la difficulté grandissante à diffuser nos œuvres sur notre territoire, l’expatriation récente de nos compositeurs vers d’autres pays où ils trouvent plus qu'en France les moyens nécessaires à leur subsistance.

Quand la création contemporaine et la recherche musicale sont soutenues au plus haut niveau de l’État, c’est l’innovation et le dynamisme culturel de la France qui perdurent. Veut-on offrir au monde un visage culturel français exclusivement constitué de productions commerciales éphémères ?

Ce que nous dit votre décision imposée si brutalement nous incite à penser que vous avez renoncé à soutenir notre art. Nous ne laisserons pas ce renoncement s’installer dans l’indifférence et l’inaction. Si on favorise, au nom d’une supposée diversité, l’entrée des musiques actuelles au sein de structures originellement dédiées à la musique contemporaine, alors il serait équitable que cette dernière bénéficie également des aides jusqu’ici réservées aux musiques plus médiatisées.

Nous pensons qu’une société qui délaisse les chercheurs et les artistes qui travaillent à des œuvres portant l’avenir en leurs germes est une société vouée à être dépassée par les autres. Nous sommes convaincus que notre travail, nos productions, même s’ils ne touchent pas immédiatement un vaste public, n’en sont pas moins importants dans la dynamique de notre pays. Ils témoignent de la diversité, du renouveau culturel dont la France est capable. Mais pour que cette dynamique reste vivace, il est indispensable que l’État manifeste son soutien aux artistes, non seulement en renouvelant et en confortant les budgets alloués à la création, mais aussi en aidant à sa diffusion, notamment par l’éducation. C’est un pari sur l’avenir et c’est avec de véritables choix politiques que vous pourrez nous aider dans cette entreprise.

Pour tous les constats évoqués ci-dessus, nous vous demandons, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, de prendre note des arguments que nous vous soumettons afin de mettre en œuvre des moyens à la hauteur de l’ambition que vous avez pour notre pays.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, l'expression de notre considération distinguée.


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