Nous sommes des Tunisien(e)s inquiet(e)s sign now

Nous sommes des tunisiens et des tunisiennes de diverses générations, originaires de plusieurs régions de la République, avec des itinéraires diversifiés. Nous aimons notre pays et nous y sommes profondément attachés. Nous ne sommes pas peu fier (e)s des avancées que la Tunisie a réalisées et des acquis conquis par notre peuple dans bien des domaines.

Mais nous ne sommes pas des Tunisien(ne)s heureux(se)s. Depuis quelques années, nous constatons avec amertume une évolution des choses qui crée en nous, comme pour des milliers dhommes et de femmes de ce pays, un grand malaise qui progressivement sest mué en une véritable inquiétude.

Oui, nous nous inquiétons de voir la citoyenneté dont nous voulons la concrétisation et la consolidation se dégrader de jour en jour et le statut de sujet grignoter progressivement sur notre statut de citoyen.

Nous nous inquiétons de voir la régression sociale se confirmer chaque jour davantage, avec le retour en force de pratiques et de valeurs conservatrices et rétrogrades que lon croyait définitivement révolues en Tunisie .Il y a de quoi être inquiet lorsque dans un pays comme le nôtre,les forces de lobscurantisme ,aidées et alimentées en cela par un wahabisme qui fait feu de tout bois ,reprennent du poil de la bête ,et au nom de lIslam dont ils sestiment être les défenseurs et les représentants , revendiquent avec force la nécessité de la suprématie de la religion à tous les niveaux de la vie sociale,de la législation et de la nature même de lEtat.

Nous nous inquiétons face à la montée de la violence, de lagressivité et de lintolérance dans de larges couches de la population, et qui touche de plus en plus de jeunes et népargne plus nos Etablissements scolaires.

Nous nous inquiétons face à la situation qui saggrave de jour en jour de nos étudiants diplômés de lEnseignement Supérieur qui sont livrés au chômage dès leur sortie de la Faculté et qui peuvent ne pas trouver demploi durant 2 ,3 ,4 ,5 ans ou plus.

Nous nous inquiétons des atteintes répétées aux droits des gens, très souvent sans aucun support juridique et liées seulement à larbitraire dune administration et dune police qui se réfèrent, non pas aux lois et réglementations en vigueur, mais aux instructions qui sont souvent contraires à tout fonctionnement dun Etat de droit.

Nous nous inquiétons de voir, sous le règne dun libéralisme assez souvent débridé, des entreprises fermer ou procéder à des compressions drastiques de personnel, jetant sans autre forme de procès des centaines de travailleurs,hommes et femmes, qui se retrouvent du jour au lendemain sur le pavé sans grandes chances de reclassement ou de reconversion, alors que dans le même temps on assiste à léclosion brusque, et le plus souvent grâce à laide de lEtat et aux deniers publics, de grosses fortunes et dimportants groupes financiers contrôlant des secteurs sensibles de léconomie.

Nous nous inquiétons de la dégradation de notre enseignement, au point que la baisse de niveau est devenue alarmante. Il est dramatique de voir à quel point nos établissements scolaires et universitaires perdent de plus en plus leur âme et ne sont plus en mesure de réaliser la mission qui est la leur. Il est malheureux de constater quaujourdhui, ils ne forment ni des têtes bien pleines, ni des têtes bien faites.

Nous nous inquiétons de voir chuter le niveau et la qualité de nos organes dinformation, presse écrite, radios et chaînes de télévision publiques et privées. Les entraves à la liberté de la presse et à la liberté dexpression, ainsi que le harcèlement de plus en plus sévère dont sont victimes les internautes, deviennent de plus en plus insupportables et constituent aujourdhui sans aucun doute les obstacles majeurs à la libération de nos médias de lemprise et du contrôle étatiques. Il est devenu aujourdhui impérieux de mettre fin à lentreprise de débilisation et de crétinisation massives que mène depuis des années, sous la férule étatique, lensemble de notre système médiatique.

Nous nous inquiétons de létat dans lequel se trouvent notre culture et nos Arts : A quelques notables exceptions près qui honorent la création dans notre pays et qui ont malheureusement souvent maille à partir avec une censure toujours présente et souvent tatillonne, lessentiel de la stratégie culturelle se concentre sur lorganisation et lencouragement de dizaines de festivals internationaux, nationaux, régionaux et locaux souvent synonymes de médiocrité artistique et de mauvais goût. Il est dramatique de voir le nombre de théâtres et de salles de cinéma se réduire comme une peau de chagrin, au point que certains gouvernorats ne possèdent ni théâtre ni salle de cinéma, sans parler de galeries dexposition pour nos peintres et nos artistes en général.

Nous nous inquiétons du recul de la conscience collective et du développement continu de lindifférence à légard de la chose publique. Nous nous inquiétons de latonie persistante de la société civile, enclavée entre un grand nombre dAssociations et dorganisations alignées sur les gouvernants et complètement mises au pas et nayant dONG que le nom, et un tout petit nombre dONGs autonomes qui se comptent sur les doigts de la main, et parce quautonomes, subissent en permanence, comme cest le cas pour la LTDH et lATFD, les pressions et les exactions sous toutes ses formes et en même temps les tentatives constantes de les mettre au pas. Il nest pas normal que les expressions de composantes de la société civile comme les magistrats, les étudiants, les journalistes soient réprimées et leurs organisations persécutées ou bâillonnées.

Nous nous inquiétons de lentêtement à vouloir imposer une conception et une pratique du pluralisme qui embrigadent et instrumentalisent un certain nombre de partis alliés au pouvoir mais classés officiellement dans lopposition et imposent à des partis dopposition pourtant reconnus un encerclement permanent et un verrouillage de leurs activités avec notamment une pression constante contre leurs organes dinformation qui ne recule pas devant les saisies.

Nous nous inquiétons de voir nos élections générales à tous les niveaux perdre chaque jour davantage de leur crédibilité, au point de finir par devenir, aux yeux de larges fractions de la population et de bon nombre dobservateurs étrangers, des « non évènements ».

Nous nous inquiétons de ce que sera lavenir de notre pays dans les prochaines années et nous nous alarmons du fait quon suscite, quatre ans avant léchéance, des appels à une candidature pour un nouveau mandat présidentiel de cinq ans, au lieu de répondre à lurgence dentreprendre les réformes et les ajustements nécessaires à la rénovation de la vie publique et politique et à la réhabilitation des principes et des institutions du régime républicain. Et, lorsquon envisage léchéance électorale de 2014 et au-delà, nous ne pouvons pas taire notre crainte de voir notre pays revivre la triste expérience des années 83 /87 avec, en régime présidentiel très fortement personnalisé dans un système de parti unique extrêmement verrouillé, un affaiblissement continu au sommet de lEtat, entraînant inévitablement et rapidement, outre lattisement de la course à la succession, un renforcement rapide et extrêmement dangereux de linfluence et du pouvoir des courtisan (e)s.

Telles sont nos inquiétudes. Elles portent sur des questions qui sont toutes essentielles parce quelles touchent la plupart des aspects de notre «vivre ensemble» dans ce pays que nous aimons et pour lequel nous aurions souhaité un présent meilleur et nous aspirons à un avenir où il fera bon vivre et où il fera bon être tunisien(ne. Pour lheure, il appartient dabord aux gouvernants, mais aussi à tous ceux et toutes celles qui contribuent à la prise de décision ou peuvent linfluencer, de prendre en considération et en charge les préoccupations et les inquiétudes que nous venons dexprimer, en engageant le pays et lEtat sur la voie du renouveau dans le sens de la réhabilitation du régime républicain, de la réaffirmation et de la concrétisation de la Citoyenneté, de la relance et de la consolidation de la modernisation, et de la rupture avec les systèmes et les pratiques despotiques et autoritaires de pouvoir en sengageant enfin et véritablement dans la voie de la démocratie et du respect des droits et des libertés des femmes et des hommes de ce pays. (fin)













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Eliza RussellBy:
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Le Président de la République Tunisienne, Monsieur Zine El Abidine Ben Ali

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